Entre spiritualité, résilience et authenticité, l’artiste congolais Mjoe Zuka lève le voile sur son nouveau titre « Ban’Elaka », une collaboration avec le talentueux Pson Zubaboy qui célèbre l’espoir face aux épreuves de la vie. Fort de 17 ans de carrière, celui qui définit la musique comme une « expression de l’âme » revient sur son parcours atypique. Un échange à cœur ouvert où se mêlent regard sur la nouvelle génération et ambitions internationales au micro de Lushitrap Salasini.

 Parle-nous de ton nouveau titre « Ban’Elaka ». Et qui sont les enfants de la promesse ?

Déjà c’est tout le monde, donc dans ce contexte-là, je voulais plus parler des difficultés, des mauvais vents de la vie, les choses négatives qui nous arrivent et il faudrait garder en tête qu’il y a toujours une promesse derrière. C’est lié aussi à la religion. Et avec ça, je les gens commencent à m’orienter vraiment vers le gospel. Mais après, moi, quand je suis inspiré ça se passe comme ça… c’est aussi influencé par l’environnement. On est plus inspiré par des choses qui nous entourent. Et, cette année a commencé un peu mouvementée pour moi. En tout cas, ceux qui m’ont suivi, ils ont compris que 2026 est un peu chaud dès l’entame de l’année. Des chansons comme Ban’Laka, moi-même, personnellement, ça me réconforte et ça me donne l’envie de ne pas lâcher.

Tu chantes Ban’Laka en duo avec Pson. Comment ça s’est passé et pourquoi lui ?

Avec Pson, c’est une histoire de famille, c’est depuis près de 12 ans quand il est arrivé tout jeune, que j’ai collaboré avec lui. J’ai vu en lui le Pson d’aujourd’hui il y’a 12 ans, j’ai su voir déjà son talent à l’époque. J’ai chanté avec Pson quand personne ne le connaissait. J’ai collaboré avec lui sur cette chanson déjà parce que c’est un bon auteur et je signale que c’est lui qui a écrit cette chanson et je me suis dit pourquoi ne pas la chanter ensemble. Je suis très fier de lui et je demande juste aux mélomanes de suivre cette chanson qui a un message très fort.

La tendance actuelle c’est de la musique festive et toi tu reviens avec de l’émotion. Pourquoi ?

J’aime bien faire danser les gens et j’ai dans mon répertoire des titres qui font danser, mais je ne me vois pas beaucoup dans ça. Ceux qui me connaissent le savent, dès l’entame de ma carrière, j’ai sorti le titre « C’est beau d’être en famille ». À cette époque il y avait les artistes un peu plus chauds plus festifs, mais j’ai su trouver ma place avec une telle mélodie. Et c’est vrai qu’il faut aussi suivre la tendance, c’est important, mais de temps en temps, je dois ralentir un peu. Je dois revenir à moi. Les gens doivent écouter, la musique c’est l’écouter. Ça bouge un peu beaucoup aujourd’hui, parce que tout le monde veut faire danser, c’est bien. Mais moi, j’utilise la musique comme dans sa définition, une expression de l’âme. Il faut que j’exprime des choses que je ressens à des périodes, à des moments donnés. Et c’est très important pour moi et pour ma carrière.

Pour les gens qui te suivent, qui attendent souvent tes sorties, on a l’impression que tu disparais, tu réapparais. Pourquoi cette forme d’inconstance ?

Je vais répondre à cette question par une expression. “Tout ce qui est naturel ne peut pas être régulier.” Vous n’allez pas dire à la saison sèche de se rallonger…  Mjoe reste quelqu’un de naturel. Je ne force pas les choses. Déjà que le talent est un don, de temps en temps, quand on a un projet, on se lance, on est présent. Mais à un certain moment, vu que c’est naturel, c’est humain, il faudrait par moments disparaître, on se prépare, et puis on revient.

En 2009, quand tu lances ta carrière solo. Aujourd’hui en 2026, est-ce la carrière que tu as imaginée il y a 17 ans ?

Waouh ! Ça, c’est une très belle question ! Bon, je dois d’abord rentrer en 2009, quand je suis arrivé. J’avais plutôt des très grands rêves à l’époque, genre je voulais un face à face avec Corneille, chanter une chanson avec lui… J’ai rêvé de plein de choses. Mais en même temps, on a visé plein de choses qu’on n’a pas encore réalisé. On est y travaille encore. Comparativement à des grands noms de la musique congolaise, mes 17 ans de carrière ne représentent pratiquement rien. Il faudrait qu’on continue à travailler.

À quel moment tu as décidé de faire de la musique un métier ?

Déjà que j’ai commencé très jeune, à l’église Kimbanguiste à Kinshasa, et il y’a l’influence de ma mère qui a été d’une grande importance. J’y ai appris à jouer la flûte, c’est là où on m’a donné l’image sur le solfège, je suis allé approfondir un peu à l’école jusqu’à aller à l’INA. Mais bon, quand j’étais à l’église, je ne pensais pas à une carrière dans la musique. C’était juste le plaisir de chanter.

Mais le moment où je me suis dit, bon voilà, je vais en faire ma profession, c’est quand j’ai eu mon diplôme d’état en 2005. Et j’ai commencé d’ailleurs mes études universitaires à l’UNIKIN, où j’ai envisagé faire la médecine.

Je me suis dit, vu que c’était des années élastiques, je migre vers la bucco-dentaire. Après huit mois d’étude, j’ai commencé la mi-session en bucco-dentaire, mais avec l’organisation de l’UNIKIN qui n’était aussi claire, mon nom a été affiché en pharmacie ! C’est là que me suis dit, bon, il y a peut-être un message qui se cache, c’est un signe. Derrière ce désordre, il fallait convaincre mon père pour quitter de l’UNIKIN à l’INA. Et c’était les moments les plus difficiles et c’est là que je suis dit que ma carrière va peut-être marcher. Et à Kinshasa, on te demande d’intégrer un groupe pour te lancer, t’as pas de chance du tout si tu fais ta carrière comme je l’ai fait à Lubumbashi et c’était vraiment difficile. Aujourd’hui mon père est fier de moi et maintenant il a l’âge de ne plus travailler et il n’est pas inquiet.

Estimes-tu qu’il soit impératif de lancer des défis TikTok pour assurer le succès d’un titre en 2026 ?

J’ai eu une réunion dernièrement avec la communauté des TikTokers. On a rigolé, parce que moi, je ne voyais pas vraiment l’impact de tout ça, mais il faut s’y faire. Quand les gens changent de direction, il faut suivre. Donc, pas forcément réussir un projet via les challenges, mais n’empêche que ça ne coûte rien de faire des challenges. Et surtout que ça pousse, ça booste les chansons. Moi, je pense qu’il faudrait juste s’adapter.

Tu as traversé le temps avec ta musique, quel regard tu portes à la nouvelle génération d’artistes et quel conseil peux-tu leur donner ?

J’aime bien ce qu’ils font, ils ont beaucoup de chance aujourd’hui, ils ont beaucoup de chance parce que c’est plus facile aujourd’hui de se lancer dans une carrière qu’à notre époque. En 2009 je me voyais courir un peu partout avec ma guitare sur les plateaux de télévision. Aujourd’hui, quelqu’un peut se faire connaître avec juste son smartphone. Moi, je n’aurais peut-être pas beaucoup de conseils parce que la tendance de musique qu’ils sont en train de faire est liée à la technologie. Un artiste comme The Gucci, par exemple, c’est un DJ, c’est un rappeur, il fait tout à la fois. Nous, on est plutôt ces artistes-là qui, jouent à la guitare, qui apprennent un instrument harmonique.

Des conseils, je peux aller plutôt dans ce sens-là. Je vais aller vers ces jeunes artistes qui ont de la passion pour les instruments harmonique. Par exemple, Manu Lux, je l’ai écouté. Je sais sa façon de faire. Et si j’ai deux, trois choses à lui dire, c’est de continuer à travailler dans ce sens, de s’identifier dans les choses qu’il souhaiterait communiquer. Je ne sais pas s’il joue à un instrument harmonique, je pense qu’il fait bien son travail et il a beaucoup d’avenir. Mais pour la tendance, la musique dansante, la musique d’ambiance, je n’ai vraiment pas beaucoup de conseils.

Peux-tu résumer ta carrière en un mot ?

Waouh ! Ma carrière en un mot ! c’est tellement beaucoup de choses, je ne sais pas donner un non ça ne sera pas suffisant parce qu’on a connu beaucoup des moments difficiles et ça continue, parce qu’on n’a pas les mêmes opportunités. On est en train de se battre comme on peut, mais ça reste la passion. En un mot, je parlerais plus de la passion, vous travaillez dans des conditions très, très difficiles mais vous ne lâchez pas. Vous pouvez vous accrocher que par votre passion voilà.

Pour finir Mjoe ! Peux-tu te poser une question et y répondre ?

On ne me l’a jamais faite celle-là ! Voici la question : Mjoe qu’est ce qui te manque pour atteindre le côté international que tu as toujours rêvé ? Et la réponse : Il faut prendre des initiatives maintenant, cette année on prend des initiatives, voilà.